Éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle : cadre national et enquête régionale
Malgré des cadres institutionnels existants, l'éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle reste inégalement mise en œuvre. Les professionnels, les jeunes et les familles expriment des besoins persistants, en particulier pour aborder le consentement, les relations et la prévention des violences.
Ces enjeux concernent tous les publics, y compris les jeunes en situation de handicap, souvent confrontés à des vulnérabilités spécifiques. Pour eux, les difficultés se cumulent : des outils encore peu adaptés, un accès inégal à une information claire et compréhensible, et un besoin de renforcer l’accompagnement des familles et des équipes éducatives sur ces sujets.
Le programme EVARS constitue un levier structurant pour répondre à ces besoins, à condition qu'il soit réellement accessible et adapté aux élèves en situation de handicap scolarisés en milieu ordinaire, mais aussi décliné au sein des établissements médico-éducatifs.
L'EVARS inscrite dans la loi depuis 2001
L'éducation à la vie affective, relationnelle et à la sexualité ne constitue pas une nouveauté.
La loi du 4 juillet 2001 prévoit que le service public d'éducation organise au moins trois séances annuelles sur ces questions, de l'école maternelle au lycée.
Ses objectifs sont notamment de :
permettre aux enfants et adolescents à mieux connaître leur corps,
favoriser la construction de relations respectueuses,
les aider à comprendre leurs droits.
Un programme éducatif national
Depuis 2025, cet enseignement s'appuie sur un programme national qui se décline en deux volets :
l'EVAR pour l'école maternelle et élémentaire,
l'EVARS pour le collège et le lycée.
Ces programmes s'appuient sur des références scientifiques et juridiques actualisées.
Ils visent à prévenir les atteintes à l'intégrité physique et psychique, à lutter contre les discriminations et à promouvoir le respect de chaque personne, dans son intégrité et ses droits.

Le Conseil d'État valide le programme
Le Conseil d'État a confirmé la conformité du programme EVARS à la loi. Cette validation juridique répond aux controverses et rappelle la responsabilité de l'école : protéger, émanciper, prévenir.
Le programme ne vise pas à "dire aux jeunes comment vivre leur intimité", mais à leur donner des repères, des connaissances fiables et des compétences pour se protéger, exercer leurs droits et faire des choix éclairés.
L'EVARS s'inscrit donc dans une politique publique de protection qui concerne l'ensemble des élèves,
y compris ceux en situation de handicap.
Un parcours progressif de la maternelle au lycée
Le programme accompagne les enfants et les jeunes tout au long de leur scolarité.
À l'école primaire, l'EVAR traite de la connaissance de soi, des émotions, du respect du corps et des relations avec les autres. Les contenus sont adaptés à l'âge et au développement des élèves.
Au collège et au lycée, l'EVARS aborde plus explicitement la sexualité, la prévention des violences sexistes et sexuelles, l'égalité filles-garçons, la santé sexuelle et reproductive, le consentement,
les orientations sexuelles et les identités de genre. Le tout dans un cadre laïque et scientifique.
Les séances sont organisées au moins trois fois par an. Elles peuvent être animées par des enseignants, des personnels sociaux ou de santé, ainsi que des associations partenaires agréés par l'Education Nationale.
De nombreux élèves en situation de handicap sont scolarisés en milieu ordinaire. Ces séances doivent donc être réellement accessibles, compréhensibles et inclusives, tant dans leurs supports que dans leurs modalités d’animation.
Une enquête menée auprès des établissements bretons
Nous avons réalisé une enquête régionale afin de mieux comprendre les besoins en matière d’accompagnement à la vie intime, affective et sexuelle des jeunes en situation de handicap.
Entre juillet et décembre 2024, 46 établissements et services sociaux et médico-sociaux ont répondu, soit 33 % des structures ciblées en Bretagne.
Les répondants sont majoritairement des IME, mais l'ensemble des types de structures (SESSAD, ITEP, IEM) est représenté. Les jeunes accompagnés présentent principalement des troubles du spectre de l'autisme, des troubles psychiques ou des troubles du développement intellectuel, souvent associés.

Un suivi gynécologique encore peu développé
Premier constat : le suivi gynécologique est peu réalisé. Seulement 9 % des structures déclarent que plus de la moitié des jeunes filles en bénéficie.
Plusieurs facteurs sont évoqués : absence de demande identifiée, suivi reposant principalement sur l'initiative des familles, difficulté d'orientation vers des professionnels formés. Dans certaines structures, notamment les SESSAD et les ITEP, le suivi médical est moins intégré aux missions éducatives.
Ce constat interroge d'autant plus que de nombreux établissements accompagnent des adolescents et jeunes adultes, parfois au-délà de 20 ans.
Des actions engagées, mais des besoins persistants
La majorité des structures a mis en place des actions d'accompagnement à la vie affective et sexuelle. Dans les IME, 89 % ont développé des ateliers ou des entretiens individuels. Les SESSAD, ITEP et IEM proposent également des actions, souvent sous forme d'entretiens individualisés.
Ces initiatives restent hétérogènes et souvent contraintes par le manque de temps, de formation et d'outils adaptés. Les professionnels soulignent des difficultés organisationnelles pour dégager des temps dédiés.
Ils évoquent aussi un besoin de formation pour faire face à des situations complexes : comportements sexualisés inadaptés, difficultés de compréhension du consentement, situations de frustration générant des troubles du comportement.
Le consentement au cœur des préoccupations
Les besoins d'information identifiés auprès des jeunes apparaissent convergents.
Le consentement est identifié comme l'enjeu prioritaire, devant les questions relatives aux relations,
à la connaissance du corps et à la sexualité.
Les professionnels décrivent des jeunes parfois vulnérables, confrontés à des difficultés de compréhension et à un accès inégal à une information claire et fiable (notamment via Internet et les réseaux sociaux).
Ces situations mettent en évidence la nécessité de renforcer l’accompagnement des familles et des équipes éducatives.
Un fort intérêt pour aller plus loin
L'enquête met en évidence un intérêt marqué des établissements pour structurer et renforcer leurs actions. La quasi-totalité des SESSAD, ITEP et IEM répondants, ainsi qu'une large majorité d'IME,
se déclarent favorables à la mise en place d'actions supplémentaires, principalement sous forme d'ateliers.
Les résultats de cette enquête traduisent ainsi une mobilisation déjà engagée des professionnels et des besoins importants en matière de formation, d’outils pédagogiques adaptés et de cohérence dans les pratiques d’accompagnement.
EVARS : un enjeu au-délà du milieu scolaire ordinaire
Les enjeux liés à la vie affective, relationnelle et sexuelle concernent l’ensemble des jeunes, quels que soient leur lieu de scolarisation ou d’accompagnement.
De nombreux enfants et adolescents en situation de handicap sont scolarisés en milieu ordinaire.
Pour eux, l’EVARS doit être réellement accessible, tant dans ses supports que dans ses modalités d’animation.
D’autres sont accompagnés en établissements et services médico-sociaux. Pour ces publics, l’esprit et les objectifs du programme doivent pouvoir être repris, adaptés et intégrés dans les projets d’accompagnement.
Rendre l’EVARS pleinement inclusive suppose donc à la fois une attention particulière à son accessibilité en milieu ordinaire et une réflexion sur son déploiement, sous des formes adaptées, dans les milieux protégés. Il s’agit d’un enjeu d’égalité, de prévention des violences et de respect des droits.
Pour aller plus loin
« Accompagnement des jeunes en situation de handicap en structure médico-sociale à la vie intime, affective et sexuelle », rapport d'enquête, Centre Ressource Intimagir Bretagne, 2024 : voir le rapport
« Éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle : démêler le vrai du faux », actualité, Conseil Economique Sociale et Environnemental (CESE), 2024 : voir l'actualité
« Moi, Toi, Nous », outil d’éducation sur la vie affective et sexuelle, IDEFHI, Promotion Santé Normandie et l'ARS Normandie : voir le site internet